lundi 20 février 2012

Emilie Cadiou ou le fabuleux destin de l’accordéon

Article mis à jour le 29 janvier 2017
Comme la vie, l’accordéon respire… Au rythme du poussé-tiré.
Il pousse ses premiers cris dans l’Europe du 19e siècle, et se tire tout jeune outre-mer pour métisser d’autres musiques.
L’accordéon remplace les instruments traditionnels pour accompagner lors des veillées, des divertissements et des mariages, monologues, poèmes, chants et danses.
On le retrouve sur le gaillard d’avant des bateaux à voiles. Il fait marcher et danser les troupes victorieuses et fait pleurer ceux qui restent à l’arrière.
En passant par le bal musette le piano du pauvre se transforme en boîte du diable. Les danses en ligne, influencées par le tango et la valse deviennent des danses en couple plus sensuelles.
L’accordéon diatonique des Italiens ensorcelle les cabrettes auvergnates !
Et la rue De Lappe voit s’ouvrir le célèbre Bal à Jo en plein front populaire.
A la même époque Gus Viseur rencontre Django Reinhardt et adapte le jazz manouche, riche des musiques gitanes et d'Europe centrale, à l’accordéon.

Puis malgré quelques temps forts…
1945 : Raymond Gazave crée le Conservatoire d'Accordéon de Paris.
1950 : Pierre Monichon conçoit l’harmonéon, véritable instrument de concert.
1964 : Jean Wiener écrit un Concerto pour Accordéon. Il crée les Concerts salades
             fusionnent avant l’heure différents genres musicaux.
1968 : Alain Abbott, lauréat du Prix de Rome, sort l’accordéon de son ghetto populaire pour le faire entrer au concert.
1981: ouverture du musée international de l'accordéon, dans sa ville berceau de Castelfidardo.
… L’accordéon s’est tu, et la piste se vide.
Est-ce parce que c’est l’instrument préféré de nos parents ? On le juge ringard, rural et impropre à faire de la musique. (Marc Perrone)
Je vous parle du temps où les moins de vingt ans voulaient gratouiller la guitare électrique.
Antoine en ce temps là, fatigué par l’accordéon, invitait Yvette à jouer de la clarinette.
Il était de bon ton d’avoir horreur des flonflons, de la valse musette et de l’accordéon… (Jacques Brel)
Il y a quinze ans de malheur mon vieux Léon que tu es parti au paradis de l'accordéon… Pardonne-nous de n'avoir pas su faire cas de ton biniou… (Georges Brassens)
La jeunesse et l’accordéon, c’est du je t’aime, moi non plus, c’est l’histoire d’une passion contrariée et de rendez-vous manqués…

Et puis un jour,
au détour d’une rue, nous voyons un accordéoniste et nous suivons le jeu nerveux de ses doigts secs et longs. Ça nous rentre dans la peau par le bas, par le haut, on a envie de chanter, c'est physique… (Edith Piaf)
On en vient à le supplier : Vieux musicien fais moi rêver, jusqu’au matin reste courbé sur ton accordéon, ton accordéon tout blanc. Fais rêver, fais valser, fais tourner mes vingt ans. [Et] dans le port d'Amsterdam il y a des marins qui dansent dans le son déchiré d'un accordéon rance. Ils se tordent le cou pour mieux s'entendre rire jusqu'à ce que tout à coup l'accordéon expire… La vie met ses cheveux gris et pour nous accordéonne… (Jacques Brel)
Mais quand Jules est au violon et Léon à l’accordéon il faudrait avoir deux jambes de bois pour ne pas danser la polka… (Gilbert Bécaud)
Pourtant que la vie est cruelle au musicien des ruelles, son copain, son compagnon c'est l'accordéon. Accordez donc l'aumône à l'accordéon. Au matin il refile un peu d'air dans les poumons de l'accordéon… (Serge Gainsbourg)
Et quand j'écoute béat un solo de batterie voilà la java qui râle au nom de la patrie. Et quand je crie bravo à l'accordéoniste c'est le jazz qui m'engueule me traitant de raciste. Mais jazz et java copains ça doit pouvoir se faire… (Claude Nougaro)
Oui, avec le jazz, mais aussi avec le swing manouche, le klezmer, le tango argentin, la world-music, le classique et les musiques de toutes les diasporas ; le piano à bretelles s’invite de nouveau au spectacle.
Dans cet univers musical éclectique, une nouvelle génération d'accordéonistes tient le devant de la scène.
Et par leur souffle sur tes anches, accordéon, tu auras ta revanche, tu feras les plus belles chansons… (à la façon de Salvatore Adamo)

Maintenant je me tais, Emilie Cadiou , la Mangeuse d’accordéon, entre en scène…
Accordéon : Paroles et musique de Serge Gainsbourg, 1962.


Enregistrer un commentaire