vendredi 16 novembre 2012

Un Paris factice en 1918 ?

Article mis à jour le 17 avril 2017
I - Illustration parue dans l'hebdomadaire Le Miroir N° 51 du dimanche 15 novembre 1914
>>> Taube - Zeppelin - Gotha
La menace aérienne qui va s’exercer sur Paris apparait très tôt dans le conflit de la première guerre mondiale.
Réelle mais de faible activité de 1914 à 1917, elle devient très importante en 1918 sans pour autant atteindre l‘intensité que connaissent pendant la guerre deux autres objectifs majeurs des Allemands : Londres et Dunkerque (point principal d’entrée en France des renforts alliés).
Avec la mise en service par l’Allemagne de bombardiers lourds, l'aviation de bombardement devient véritablement redoutable (1).
Bombardier lourd Gotha G-V

Le Camp Retranché de Paris (2)
Au C.R.P. la conception de la Défense Contre Avions était la suivante :
Mettre en place de postes de guet en périphérie de Paris pour détecter l'arrivée des avions et des dirigeables (3).
Centraliser les observations à l'aide d'un réseau téléphonique pour déterminer la route de ces aéronefs.
Neutraliser l'attaquant par des avions d'interception (4) et des canons antiaériens aidés de projecteurs.
Doubler ces barrages avec des mitrailleuses et des projecteurs montés sur des automobiles.
Former des spécialistes pour le tir antiaérien et pour le renseignement.
Protéger les populations avec des mesures de défense passive : alertes, couvre-feux, abris, camouflage, extinction des feux et installation de leurres (5).

Le projet d'un faux Paris
Au début de l'année 1917, le service de renseignements de l'armée française sait que l'Allemagne va bientôt utiliser des bombardiers lourds. Aussi en parallèle à l'organisation pour une défense des points sensibles de Paris et de ses environs (viaducs, voies ferrées, gares, entrepôts de munitions, usines), l'état-major décide de construire un faux Paris autour de la capitale. L'idée est de réaliser en bois et en toile des volumes plus ou moins éclairés pour simuler des bâtiments, des avenues et des trains et tromper l'aviation ennemie en l'attirant vers des secteurs peu peuplés (voir illustration IV).
Le projet prévoit trois zones factices comme le montre les illustrations II et III (parues dans l'hebdomadaire The Illustrated London News du 6 novembre 1920).
II - La commune de Saint Denis (A1) est reproduite à Roissy en France (A2),
Paris (B1) est "déplacé" vers le Nord-Ouest en B2
et une fausse zone industrielle est créée à l'Est de la capitale (C).
III - Détail du projet du faux Paris, entre Pierrelaye et Maisons-Laffitte, au N-O de Paris,
limité par le tracé de la petite ceinture
et traversé par une boucle de la Seine ressemblant à celle de la capitale.
IV - La même zone vue par Google Maps en 2012.
Heureusement en 1918, les infrastructures et la population étaient moins importantes !
Toutefois, Beauchamp (qui n'est pas encore une commune) proche de la "cible"
gares de l'Est et du Nord comptait alors près de 1 000 habitants,
Herblay proche de la "cible" gare d'Orsay plus de 2 000 habitants
et Montigny les Cormeilles entre les "cibles" gare de Vincennes et gare de Lyon
environ 1 000 habitants... 
En 1917, la lumière est utilisée pour créer de faux objectifs et une première installation de lampes afin de recréer des avenues éclairées est expérimentée dans la zone A2.
En août 1918 un Service Camouflage est rattaché à la D.C.A. Son but est de dissimuler les points de repère utilisables par l'aviation allemande.
11 novembre 1918 : Fin des combats de la première guerre mondiale... Et le projet d'un faux Paris ne verra jamais le jour.

Notes :
(1)
De 1914 à 1917 Paris a été survolé par deux raids de ballons dirigeables et douze avions.
Les bombardements d'août 1914 à mai 1915 par des avions légers firent peu de victimes.
Dans la nuit du 29 au 30 janvier 1916 un ballon dirigeable largue plusieurs bombes sur Belleville et Ménilmontant tuant 26 personnes.
Entre mars et août 1918 les tirs de canons longue portée installés à 120 km au nord-est de Paris causeront la mort de plus de 250 personnes. Le 29 mars 1918 un obus tombe sur l'église Saint-Gervais, située dans le 4e arrondissement, faisant plus de 150 victimes.
C'est avant tout pour semer le trouble, la panique et amener le gouvernement français à la capitulation que des obus sont lancés depuis des canons de marine modifiés, d'une longueur de 35 m et d'un calibre de 210 mm. Ce type de canon fut rapidement surnommé "Grosse Bertha", du nom de Bertha Krupp, la fille du constructeur d'armes allemand, surnom déjà attribué à un obusier de 420 mm en 1914. Ce "Canon de Paris" ou "Arme à Guillaume" (nom officiel) est le plus étonnant canon de toute l'histoire de l'artillerie : Avec une élévation à 50°, le projectile est propulsé dans la partie supérieure de la stratosphère où l'air oppose moins de résistance à l'obus et augmente ainsi sa portée. En janvier 1918, lors des essais au pas de tir d'Altenwalde (près de Cuxhaven au nord de l'Allemagne), un canon tira jusqu'à 126 km avec une bonne précision. Les obus ont atteint une altitude de 42 km à l'apogée de leur trajectoire. C'est alors la plus haute altitude jamais atteinte par un projectile lancé depuis le sol.
(2)
Paris et sa grande banlieue avaient été (re)fortifiées par le général Séré de Rivières (1815-1895).
L'ensemble des forts et ouvrages formait le Camp Retranché de Paris.
Le C.R.P. disposait d'une division aéronautique, dont le commandement était basé au Bourget et placé sous les ordres du Commandant Adolphe Girod (1872-1933) qui organisa et assura la défense aérienne de la région parisienne contre les attaques des avions allemands.
>>> Carte en grande résolution sur Wikimedia Commons.
(3)
Une première ligne de guets est établie à environ 80 km de Paris.Elle comprend les principaux postes suivants : Montdidier (Somme), Saint Just en Chaussée, Estrées Saint Denis, Compiègne (Oise), Soissons (Aisne), Fismes et Dormans (Marne).
Une deuxième ligne à environ 60 km de Paris passe par Vernon, Gisors (Eure), Beauvais, Crépy en Valois (Oise), Montmirail (Marne), Montereau (Seine et Marne).
(4)
A partir de juin 1915, les autorités militaires, constatant que le décollage des avions après alerte est inefficace, établissent un système de patrouilles aériennes. Cette méthode sera à son tour critiquée au début de l'année 1918 car elle entraine l'usure des appareils et la fatigue des pilotes. L'aviation aura alors pour rôle la destruction des bombardiers lors de leur retraite. 
(5)
En 1915, un premier essai pour un faux quartier de Paris est réalisé au N-O de la capitale.

Sources et ressources :
1 - Les Allemands aux portes de Paris
 Le 5 septembre 1914, la 1ère Armée commandée par le général von Kluck
est à 50 km de Paris. Au cours de la bataille de la Marne (6-12 septembre)
les troupes franco-britanniques parviennent à stopper les forces allemandes.
Le général Joseph Gallieni (1849-1916) alors gouverneur de Paris contribue 
à cette victoire en utilisant les taxis parisiens pour l'envoi de troupes de renfort.
"Ce fut une bataille gagnée mais une victoire perdue" René Chambe (1889-1983).


2 - Une réplique de Paris : L'histoire du projet de cette construction en 1918 sur Wikipédia.

3 - Les fortifications de Paris aux 19e et 20e siècles :
"L'opinion s'était accréditée depuis longtemps que Paris ne devait point avoir de fortifications. Ce ne fut donc point sans étonnement qu'on vit tout à coup faire, en 1841, la proposition de le fortifier. Mais l'état des affaires de l'Europe avait inspiré des craintes ; on avait parlé de guerre, et bientôt tout le monde fut persuadé que la France allait avoir à se défendre contre une nouvelle coalition européenne. C'est sous l'influence de cette préoccupation que fut proposée et acceptée une loi, qui ordonnait la construction d'un système de défense autour de Paris. Plus tard, on voulut revenir sur cette idée, mais on était trop engagé ; les uns par crainte, les autres par une fausse honte, reculèrent devant le rappel de la loi, ne firent entendre que de tièdes ou d'incomplètes réclamations, et par une inconséquence incroyable, Paris voit s'élever autour de lui quatorze forts, dont l'érection avait une année auparavant soulevé l'indignation de la population." Dictionnaire encyclopédique - 1844.

4 - Les escadrilles de l'Aéronautique militaire française de la Grande Guerre :
Les débuts de l'aviation militaire française de 1909 à 1914.

5 - John d'Orbigny Immobilier
- Paris 1914 : la mobilisation
- La protection des magasins et des habitations en 1918
- La protection des monuments de Paris en 1918

6 - Charles Lansiaux, photographe indépendant :


7 - L'encrier du poilu : Une association présidée par Alain Pereur, historien.
Menu principal >>> Paris 1914-1918 >>> Études :
1 - Le jardin colonial de Vincennes
2 - Les enfants de Paris
3 - Victor Chapman - Un américain à Paris
4 - Le camp retranché de Paris
5 - La terreur vient du ciel

8 - Ministère  de la Défense >>> Mémoire des hommes >>> Première guerre mondiale

9 - Camouflage militaire - De l'écran de fumée à la tenue ghillie.
Le camouflage razzle-dazzle
Camouflage dazzle : Bateau furtif de la première guerre mondiale.

10 - Navire-leurre :
Pour détruire les navires de guerre adverses et les navires marchands approvisionnant les ports alliés, l'Allemagne construira, principalement durant les trois dernières années du conflit, 375 sous-marins, des U-boote, abréviation de Unterseeboote : c'est la première Bataille de l'Atlantique.
Les navires-leurres ou bateaux-pièges, sont des chalutiers ou des cargos équipés d'un armement dissimulé, utilisés pour tromper puis attaquer les U-boote venus les arraisonner.
Ce sont surtout les Anglais qui construisent ce type de bateau appelé Q-ship, "Q" étant la première lettre de Queenstown (Cobh), un port du sud de l'Irlande où étaient construits les bateaux.
L'exemple français : Jean-Baptiste Charcot (1867-1936) - Médecin et explorateur polaire.

11 - Cubisme et camouflage
" J'avais, pour déformer totalement l'objet, employé les moyens que les cubistes utilisent pour le représenter, ce qui me permit par la suite, sans en donner la raison, d'engager dans ma section quelques peintres aptes, par leur vision très spéciale, à dénaturer n'importe quelle forme. " Lucien-Victor Guirand de Scévola (1871-1950) - Peintre symboliste et chef de la Section de Camouflage durant la Première Guerre mondiale.
- Louis-Abel Truchet (1857-1918) - Peintre et affichiste. Engagé volontaire en 1914, il devient l'adjoint de L-V Guirand de Scévola.
- Le camouflage, c'est de l'art.
- Voir aussi : Le camouflage, une arme qui trompe mais qui ne tue pas.
- Controverse : Cubisme et camouflage - Un mythe de l'histoire de l'art.
Le canon de 280 camouflé (encre et aquarelle) - André Mare (1885-1932) - Peintre décorateur.

12 - Images pour enfants sages :
13 - Camouflages urbains aujourd'hui :
Liu Bolin (né en 1973) ou l'homme invisible
Liu Bolin et JR, fusion.

Carolyn Roper ou l'art du maquillage


Trina Merry et l'art du camouflage

La nature est bien faite :

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