dimanche 3 février 2013

Chants d'amour

Article mis à jour le 20 janvier 2017
Les chansons d'amour est un film réalisé par Christophe Honoré en 2007.
Sur la photo : Clotilde Hesme+Ludivine Sagnier+Louis Garrel+Christophe Honoré
Thème du film = Qu'il est difficile d'aimer...
Les 14 chansons du film écrites, composées par Alex Beaupain et arrangées par Frédéric Lo, ont été mises en ligne sur YouTube  par Criselprodigo.
"... Voilà un hymne à tous les possibles, qui propose divers manières de vivre ensemble, à deux, à trois, en famille, en société, entre homos et hétéros... " Jacques Morice-Télérama.

Le discours amoureux est aujourd'hui si complexe que même Roland Barthes, spécialiste de l'étude des signes, n'a pu écrire que quelques fragments sur ce sujet...
Qui le premier a dit à l'autre : Je t'aime !
Pour l'archéologue Jean Courtin "le sentiment amoureux des premiers chasseurs modernes ne devait pas être très différent du nôtre. Pourquoi en serait-il autrement ? Les hommes et les femmes de Cro-Magnon avaient le même cerveau que nous, ils parlaient, rêvaient comme nous, éprouvaient les mêmes émotions, les mêmes sentiments que nous et devaient connaître eux aussi les caprices de la passion".
C'était le bon temps, le jardin d'Eden, car à partir de la "révolution" Néolithique (Il y a environ 10 000 ans), fini de batifoler : l'agriculture et l'élevage nécessitent une nouvelle organisation sociale avec des chefs et des règles contraignantes... Les ennuis commencent !
Les Rita Mitsouko avaient raison : "Les histoires d'amour finissent mal en général".
Mais il y a une contrepartie heureuse : les offres d'emploi jusque là limitées à la chasse, la pèche ou la cueillette se diversifient et proposent des activités plus spécialisées comme : agriculteur, éleveur ou artisan. L'efficacité de cette nouvelle organisation humaine va permettre de produire des excédents alimentaires et libérer certains membres du groupe des tâches productives qui pourront ainsi s'adonner par exemple à des activités artistiques et peut-être religieuses.
Dès la préhistoire, l'Homme cherchant à imiter la nature produisait des sons avec ses mains, sa bouche et des instruments de musique (Les premières flûtes, fabriquées avec des os, ont environ 35 000 ans). Et s'il chantait... c'était certainement pour faire pleuvoir ! Mais, ont peut-être pu aussi se faire entendre alors, les premiers chants d'amour...
Premiers chants dont nous n'avons aucune trace, ce qui ne nous interdit pas de rêver à leur existence et d'imaginer qu'ils ont inspiré à Wayne Shanklin sa célèbre chanson "Chanson d'amour" :
Chanson d'amour, ra da da da da, play encore.
Here in my heart, ra da da da da, more and more.
Chanson d'amour, ra da da da da, je t'adore.
Each time I hear, ra da da da da, chanson, chanson d'amour...
car je trouve le "ra da da da da" très néandertalien.   ;-])
"Ilo Veyou" déclare et déclame Camille (Dalmais) dans son album de 2011. Avec une voix, des onomatopées, des sonorités et des rythmes qui d'un titre à l'autre nous projettent dans des époques et des genres musicaux très différents. Avec le titre ci-dessous elle nous reconnecte même, dans l'allégresse, aux origines du son et aux arts premiers :chant, danse et musique de percussion.
Cette recherche du bonheur, ce carpe diem et cette relation au cosmos sont présents dans les sociétés au caractère humaniste de l'Égypte ancienne qui nous ont transmis des documents sur la formation du langage du sentiment :
Détail des peintures de la sépulture de Nakht (un scribe) à Thèbes.
Un harpiste aveugle joue et chante, tandis que le 1ère Dame (à droite)
respire le parfum d'une fleur de lotus et que la 2ème passe un fruit à la 3ème.
Papyrus de Chester Beatty n°1 (Il y a 4 000 ans environ...)
Les chants du Harpiste - Chant pour Antef (où "akh" = bienheureux)

Personne ne revient du lieu où ils se trouvent
pour nous dire comment ils sont,
pour nous dire de quoi ils manquent,
afin d'apaiser nos coeurs,
jusqu'à ce que nous allions à notre tour,
là où ils sont allés.
Aussi que ton coeur soit heureux,
qu'il oublie que, un jour tu deviendra un akh.
Suis ton désir tout le temps de ta vie...

Fais un jour heureux sans te lasser !
Vois, personne n'emporte ses biens avec lui.
Vois, personne n'est revenu après s'en être allé.
-
Papyrus de Chester Beatty n°1
 
Le malheur me submerge,
tous mes membres sont lourds,
mon coeur me délaisse.
Si les médecins viennent me voir,
mon coeur rejettera leurs remèdes.
Les magiciens sont impuissants,
mon mal ne peut être décelé.
Mais si l'on me disait :
"Elle est ici", cela me rendrait la vie,
son seul nom me ferait lever. 
-
Papyrus Harris 500 (Il y a 3 000 ans environ...)
(où "soeur" = bien-aimée)
 
La bouche de ma soeur est un bouton de lotus,
ses seins sont des pommes d'amour,
ses bras sont des étaux,
son front est le cerceau de l'acacia,
et moi, je suis l'oie sauvage.
Mes regards montent vers sa chevelure, un appât,
et je suis pris dans le piège.
-
Papyrus de Turin 
(où "frère" = bien-aimé)
 
Je suis le plus bel arbre du jardin,
et en tous les temps je demeure.
La bien aimée et son frère
se promènent sous mes branches,
ivres de vin et de liqueurs,
imprégnés d'huile et d'essences odorantes.

Ces textes ont été traduits par l'égyptologue Claire Lalouette.

Fleurs-fruits,  jardin-verger. Le thème de la descente au jardin est né. Il sera repris dans différents textes jusqu'à nos jours puisque nos jeunes enfants continuent de chanter :

J'ai descendu dans mon jardin (bis)
pour y cueillir du romarin.
Gentil coquelicot Mesdames,
gentil coquelicot nouveau.
J'en avais pas cueilli trois brins (bis)
qu'un rossignol vint sur ma main...

Dans le Cantique des Cantiques de Salomon (970-931 av. J-C), la bien-aimée et le bien-aimé chantent dans une suite de poèmes leur amour mutuel. Ils se joignent, se perdent, se cherchent et se retrouvent.
Comme un cantique est un chant pour remercier Dieu, on peut prendre le texte au sens allégorique : l'amour de Dieu pour l'Homme et l'amour de l'Homme pour Dieu.
Extrait d'un des poèmes où l'on retrouve le thème de la descente au jardin :
...
Mon bien-aimé élève la voix,
il me dit :
"Viens donc, ma bien-aimée,
ma belle, viens.
Car voilà l'hiver passé,
c'en est fini des pluies, elles ont disparu.
Sur la terre les fleurs se montrent.
La saison, vient des gais refrains,
le roucoulement de la tourterelle se fait entendre,
sur notre terre.
Le figuier forme ses premiers fruits
et les vignes en fleur exhalent leur parfum. 
Viens donc, ma bien-aimée,
ma belle, viens.
Ma colombe cachée au creux des rochers,
en des retraites escarpées,
montre-moi ton visage,
fais-moi entendre ta voix ;
car ta voix est douce
et charmant ton visage."
...

Le chant des chants (1973) par Esther Ofarim.

Les chants d'Orphée avaient un pouvoir magique, ils enchantaient la nature, apaisaient les âmes troublées et repoussaient les mauvais esprits.
Le mythe d'Orphée illustre le pouvoir ensorcelant du chant et de la poésie. Il a servi de référence à plusieurs auteurs de la période classique et des temps modernes.  
Orphée, comme Ulysse fit un long voyage. A son retour il épouse Eurydice qui mordue par un serpent meurt ; Orphée est inconsolable... et chante :

J'ai perdu mon Eurydice,
rien n'égale mon malheur.
Sort cruel, quelle rigueur !
Rien n'égale mon malheur,
je succombe à ma douleur...

Ici dans la version datant de 1762 de Christoph W. Gluck interprétée par Maria Callas.
Le Roman de la Rose (ou de Guillaume de Dole) parait dans la première moitié du 13ème siècle et est attribué à Jean Renart. Il nous conte une histoire de chevalerie et d'amour. Une quarantaine de chansons sont intégrées au récit avec des annotations musicales afin que l'on puisse les chanter. Ce sont des chansons courtoises écrites par des poètes contemporains, des chansons populaires pour accompagner les travaux de couture ou pour danser et des pastourelles, un genre satirique pour décrire la tentative de séduction par un galant d'une jeune fille.
Voici un exemple d'une chanson courtoise contenue dans le roman et composée vers la fin du 12ème siècle par le Châtelain de Coucy, un trouvère picard.
 
Le printemps, le mois de mai, la violette
et le rossignol m'engagent à chanter,
et mon coeur loyal me fait d'une amourette
un doux présent que je n'ose refuser.
Puisse Dieu m'accorder le grand honneur
de la tenir nue entre mes bras,
celle qui a pris mon coeur et mes pensées,
avant que j'aille au-dela des mers.

A la renaissance, Josquin des Prés (1440 [?]-1521) met en musique la chanson Mille regrets et la rend célèbre de son vivant jusqu'à aujourd'hui.
Mille regrets de vous abandonner
et d'être éloigné de votre visage amoureux.
J'ai si grand deuil et peine douloureuse
qu'on me verra vite mes jours terminer.
Dès le début du 17ème siècle, les soldats de l'armée française marchent en chantant (dans différentes versions revues et corrigées) "Le prisonnier de Hollande" :

Dans les jardins de mon père
les lilas sont fleuris.
Tous les oiseaux du monde
viennent y faire leurs nids.

Auprès de ma blonde
qu'il fait bon, fait bon, fait bon.
Auprès de ma blonde
qu'il fait bon dormir...
Quand la guerre est finie, et que le soldat victorieux (ou pas) revient au pays ; il peut avoir bien du chagrin...  Comme dans cette jolie chanson : "Brave marin" (datée de la fin du 18ème siècle et que l'on fait écouter, dès leur plus jeune âge, à nos enfants pour qu'ils comprennent que toutes les histoires n'ont pas une fin aussi heureuse que celle des films de Walt Disney).

Brave marin revient de guerre.
Tout doux.
Tout mal chaussé, tout mal vêtu.
"Brave marin, d'où reviens-tu ?"
Tout doux.
"Madame, je reviens de guerre..." 
La guerre est finie, l'amertume est oubliée, mais les ennuis ne sont pas terminés, car : "Plaisir d'amour ne dure qu'un moment, chagrin d'amour dure toute la vie"...
Cette célèbre chanson est  tirée d'une nouvelle de Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794) mise en musique par Jean Paul Egide Martini (1741-1816).
Heureusement, il nous reste le plaisir de l'écouter sans modération :
Heureusement, aussi, reviendra "Le temps des cerises et gai rossignol et merle moqueur seront tous en fête"...
Une chanson écrite en 1866 par un chansonnier montmartrois, Jean-Baptiste Clément (1836-1903) et mise en musique par un chanteur, Antoine Renard (1825-1872).
Oh ! oui, "parlez-moi d'amour... Pourvu que toujours vous répétiez ces mots suprêmes : Je vous aime".
La Petite tonkinoise -             1905 (Wikipedia) Interprète : Joséphine Baker
Parlez-moi d'amour -              1930 (Wikipedia) Interprète : Lucienne Boyer
I love you, Porgy -                   1935 (Wikipedia) Interprète : Billie Holiday
Mon amant de Saint-Jean -   1942 (Wikipedia) Interprète : Lucienne Delyle
Hymne à l'amour -                   1949 (Wikipedia) Interprète : Edith Piaf
Maria -                                         1957 (Wikipedia) Interprète : Larry Kert
Ne me quitte pas -                   1959 (Wikipedia) Interprète : Jacques Brel
Dis, quand reviendras-tu ? - 1964 (Wikipedia) Interprète : Barbara
On s'aimera -                            1966 (frmusique) Interprète : Léo Ferré
Parce que c'est toi -                1999 (Wikipedia) Interprète : Axelle Red
Chanson d'amour -                 2012 (Wikipedia) Interprète : Arno

"Dis, au moins le sais-tu
que tout le temps qui passe
ne se rattrape guère...
Que tout le temps perdu
ne se rattrape plus..."
Barbara.


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