Mémoires

Dernier éclair de mémoire ayant entrainé une mise à jour de cette page : 29 mai 2017
Je me souviens plus très bien
...
Tout ce que je sais, c'est que depuis
Je ne sais plus qui je suis...

Voyons ce que dit le dictionnaire Larousse...
Mémoire (nom féminin) : Activité biologique et psychique qui permet d'emmagasiner, de conserver et de restituer des informations.
Mémoire (nom masculin) : Écrit où sont exposés les faits et les idées qu'on veut porter à la connaissance de quelqu'un.
Mémoires (nom masculin pluriel) : Relation écrite que quelqu'un fait des évènements qui se sont passés durant sa vie, et dans lesquels il a joué un rôle ou dont il a été le témoin.
Synonymes : Annales, Biographie, Carnet, Chronique, Commentaires, Histoire, Journal, Récit, Souvenirs.

Définitions de l'Encyclopédie (1751) : " MÉMOIRE, SOUVENIR, RESSOUVENIR, RÉMINISCENCE, (Synonymes) ces quatre mots expriment également l'attention renouvellée de l'esprit à des idées qu'il a déjà apperçues... " >>> Lire la suite.
Trou de mémoire. Source : Les Gros-Jean.
Mais ma mémoire me permettra-t-elle d'écrire mes mémoires et de faire de ce blog un mémoire sans trou ?
Car j'y pense et puis j'oublie, mais qu'en j'y pense, je me souviens que...

... l'école nous offrait un verre de lait. Éducation nutritionnelle, développement de l'économie laitière ou lutte contre l'alcoolisme initiée par Pierre Mendès France ? (1954)
... j'aimais le parfum de la chicorée qui inondait la cuisine au petit matin.
... la neige tombait ce soir là. Par une fenêtre du séjour je regardais la rue se couvrir d'une blanche houppelande (Pascal Danel m'a pris un blanc manteau !). Année 1954, 1956 ou 1958 ? Les rigueurs de l'hiver 1954 sont dans les mémoires car y est attaché le souvenir de l'appel de l'abbé Pierre. Pourtant l'hiver 1956 fut plus rigoureux encore. Mais je penche pour le mois de février 1958 qui connu un épisode neigeux important avec 10 cm de neige environ en région parisienne.
... le maçon venu faire des travaux à la maison avait demandé à ma mère l'autorisation de prendre le sable de notre bac à sable en promettant d'en remettre plus tard. Il en remis. Mais le sable était grossier, plein de cailloux. Une première expérience de l'injustice ?
... Martin Pêcheur, une belle histoire des albums du Père Castor, qui finit mal car l'hiver venu l'oiseau meurt de froid, me rendait triste (Edition originale : 1938 - Autre édition : 1956).
... notre grand-mère maternelle nous appelait, ma sœur, mon frère et moi, pour regarder les livres pour enfants qu'elle possédait : Pierre l'ébouriffé et les aventures de Babar.
... lorsque nous circulions en voiture dans l'est de la région parisienne pour rendre visite aux parents de mon père, je voyais le mot "POUJADE" peint sur un mur. J'ignorais tout bien sûr de l'Union de Défense des Commerçants et Artisans fondée par Pierre Poujade qui allait atteindre son apogée le 2 janvier 1956 lors des élections législatives, puis décliner avec le retour aux affaires de Charles de Gaulle en 1958.
... des inscriptions " US go home " recouvraient également les murs (ces graffitis apparaissent dès la fin des années 40 et dans les années 50 - "Paix en Indochine" a précédé "Paix en Algérie" qui sera suivi par "Paix au Vietnam").
... mon frère et moi reprenions en chœur La ballade de Davy Crockett.
... le tourne disque jouait la chanson Le jour où la pluie viendra.
... nous écoutions aussi des chansons du groupe vocal Les Trois Ménestrels.
... j'aimais entendre les chansons Julie la Rousse de Réné-Louis Lafforgue et T'es partie en socquettes de Mac Kac. et aussi un air de L'Auberge du Cheval Blanc.
... sur des affiches publicitaires, on pouvait lire : " VIN FOU " (Henri Maire).
... le garde champêtre est venu à la maison remettre à ma mère une lettre. C'était l'année 1956, 1957 ou 1958 et je crois me souvenir que la lettre disait que mon père n'avait pas ou plus d'affectation militaire. En rapport avec la guerre d'Algérie ?
... lors de la visite en France d'Elisabeth II, reine d'Angleterre, je répondais : Non, non, non ! à mes parents qui me faisaient croire que j'allais devoir faire la révérence à la reine (avril 1957).
... quand les vacances d'été approchaient nous jouions à un jeu de billes sur le trottoir qui longeait l'école primaire. Une sorte de jeu de la grenouille. Il y avait les joueurs et les "propriétaires" de boites en carton percées d'une porte et de deux fenêtres. Si la bille entrait par la porte le joueur doublait sa mise, si elle entrait par une fenêtre il gagnait trois ou cinq billes, je ne sais plus exactement, sinon le "propriétaire" conservait la bille du joueur.

... durant un été nous sommes partis en famille, en Savoie, à bord de la camionnette du blanchisseur... Hôtel, pique-nique au bord d'un torrent où mon père réalise un petit moulin à l'aide de la boite de camembert... Comme dans la pub Herta :

... des cousins étaient venus nous rendre visite et qu'ils avaient avec eux un album des Aventures de Tintin dont j'ai oublié le nom. Silence embarrassé. Notre mère nous interdisait de lire des bandes dessinées.
... la crèche de Noël a pris feu ! Bougie ou cierge magique ? Je ne sais plus, mais je vois une de mes tantes prendre la crèche et la jeter dans le jardin. Plus de peur que de mal !

... nous sortions quelques fois au cinéma. Et je revois des séquences de films que j'ai dû voir à la fin des années 50 et au début des années 60. Voici les titres de ces films (classés suivant leur date de sortie en salles) et les scènes mémorables :
La ruée vers l'or* (Charlie Chaplin Version muette 1925 / sonorisée 1942) - La cabane en équilibre au bord d'un précipice.
Les disparus de Saint-Agil* (Christian-Jaque 1938) - Le salut au squelette Martin.
Sous le plus grand chapiteau du monde (Cecil B. DeMille 1953) - Un déraillement spectaculaire et un lion qui semble bondir hors de l'écran.
20 000 lieues sous les mers (Richard Fleischer 1955) - L'ouverture de panneaux et soudain l'apparition des fonds marins depuis le salon du Nautilus.
Fernand cow-boy ( Guy Lefranc 1956) - Ma première (?) attaque de diligence, la présence de Fernand Raynaud et (je l'ignorais alors) de Nadine Tallier devenue Nadine de Rothschild, ainsi que de Jean-Roger Caussimon.
Le pont de la rivière Kwaï (David Lean 1957) - Hello... Le soleil brille, brille, brille !!!
La Jument verte (Claude Autant-Lara 1959) - En fait je n'ai jamais vu ce film. Ce dont je me souviens, c'est de l'affiche du film et de ma mère qui me disait : "Ce film n'est pas fait pour toi !"
Les canons de Navarone (J. Lee Thompson 1961) - Les canons et leurs servants.
La Guerre des boutons (Yves Robert 1962) - Si j'aurais su, j'aurais po v'nu ! 
* films que j'ai peut-être vus à la télévision ?
... nous regardions (ma sœur, mon frère et moi) la télévision (la Radiodiffusion Télévision Française 1949-1963) dans le salon de notre grand-mère, toujours impatients de découvrir nos émissions, car je me souviens de la mire de réglage. Avec au programme : Le Club du jeudi, L'Antenne est à nous avec Rin-Tin-Tin,Les cinq dernières minutes, La séquence du spectateur, Art et magie de la cuisine (une recette de crêpes), Le Jour du Seigneur, 36 chandelles, La Piste aux étoiles, Télé-Philatélie...
... la radio diffusait chaque midi le feuilleton "Ça va bouillir" (Le sponsor est alors la lessive Sunil. Au début des années 60, le titre du feuilleton devient "C'est parti mon Zappy" quand la lessive Omo prend la relève). J'ai également en mémoire : "L'homme des vœux Bartissol" et "La famille Duraton", mais sans pouvoir dire si ce sont des souvenirs personnels ou partagés.
... la radio retransmettait les bip-bip de Spoutnik I (octobre 1957).
... mes parents parlaient du naufrage du canot d'Alain Bombard (3 octobre 1958). Les essais d'un canot de sauvetage avaient tourné au drame (9 morts). Le "naufragé volontaire" avait perdu alors de sa popularité.
... je ne comprenais rien à ce que disait mon père, qui répondait à ma mère : C'est une histoire de ballets roses. En fait une affaire de mœurs qui défraya la chronique en 1959.
... du côté du Franc, il y avait du Nouveau (Mise en circulation le 1er janvier 1960).
... un jeune enfant répondait aux journalistes s'être bien amusé. Heureux dénouement du kidnapping - le 12 avril 1960 - d'Éric Peugeot.
... nous avions commencé la collection des pièces du jeu d'échecs Mokarex au début des années 60. Combien fallait-il boire de litres de café pour obtenir les 32 pièces ?
... je rêvais de gagner, pour la famille, une 4 CV Renault décapotable couleur violet, en participant à un concours imprimé au dos de mon cahier de vacances.
Finalement mes parents achèteront ce modèle.
... ce matin là, le policier qui nous faisait traverser la rue pour nous rendre à l'école portait un casque à la ceinture. Était-ce en avril 1961, lors de la tentative de coup d'Etat conduite par des généraux qui voulaient s'opposer aux projets d'indépendance de l'Algérie ? Je me souviens aussi du retour à l'école du jeune professeur de gymnastique après plusieurs mois passés en Algérie. Le directeur disait sa joie de retrouver un collègue tout en faisant allusion au drame personnel vécu par ces jeunes appelés.
... nous avions le livre "Les Mahuzier en Australie" de la Bibliothèque Rouge & Or (1962).
... Georges de Caunes (septembre 1962) jouait à Robinson Crusoë.
... je lisais avant de m'endormir des pages de romans d'aventures comme ceux d'Enid Blyton - Le Club des cinq, ou de Jules Verne - L'Île mystérieuse, Le Château des Carpathes.
... pendant les vacances chaque dimanche nous devions faire signer un carnet de présence par le curé du village où nous nous étions arrêtés.

... mon père disait :
- Il n'y a pas de mauvais outils, il n'y a que de mauvais ouvriers. Proverbe...
- Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. Une citation de Nicolas Boileau.
- Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Une maxime attribuée à Antoine Lavoisier.
- Plus on apprend, plus on s'aperçoit qu'on ne sait rien. Un vieil adage.
... ma mère disait :
- Vas où tu veux, meurs où tu dois.
... quand on disait à ma grand-mère qu'elle mangeait trop lentement, elle rétorquait : On n'est pas aux pièces !

Je m'en souviens comme si c'était hier
Une formule que l'on entend souvent dire. Mais de quoi se souviennent-ils donc ?
Des réponses avec le moteur de recherche Google :
- Du 10 mai 1981 : Élection de François Mitterrand.
- Un jour de Noël et de Nouvel An.
- Un été caniculaire.
- La rencontre avec Nobel. Nobel Boungou Colo, un joueur de basket-ball.
- Mon dernier rallye... Un sketch de Florence Foresti.
- Quand j'ai pris ma petite sœur dans les bras.
- Une rencontre sportive.
- Les aventures de Saturnin, le canard. Série télévisée diffusée entre 1965 et 1970.
- Des souvenirs sous la forme d'un album photos.
- Ma première bière.
- Un anniversaire, avec comme cadeau, la visite de Paris et de Disneyland.
- Du 11 février 1990 : Libération de Nelson Mandela.
- Un cinq-mâts, toutes voiles rentrées.
- Croiser le regard de celui qui allait devenir son compagnon pour la vie.
- ...

Au creux des souvenirs
Cora Vaucaire,
Trois petites notes de musique, 1961
Paroles : Henri Colpi - Musique : Georges Delerue
Non, je ne me souviens plus...
Mémoire d'éléphant 
Une femme actuelle m'a dit que pour avoir une mémoire d'éléphant, il faut :
Bouger. Cela serait vérifié chez la souris...
Dormir comme un loir (gris).
S'amuser comme un fou (comme une folle, ça marche aussi).
Manger. Le cerveau aime les protéines et les vitamines arrosées d'un ou deux verres de bon vin.
Histoire de la télévision française : Le Grenier de la télé.
La Comédie humaine :
" L'espoir est une mémoire qui désire, le souvenir est une mémoire qui a joui. " Honoré de Balzac (1799-1850) Un prince de la Bohème (1840).
A la recherche du temps perdu :
" [...] l'oubli [...] est un puissant instrument d'adaptation à la réalité parce qu'il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle. "
Marcel Proust (1871-1922) Albertine disparue (La fugitive) Chapitre 1 Le chagrin et l'oubli.
La scène de la madeleine est racontée dans Du coté de chez Swann - Combray - Mémoire volontaire et mémoire involontaire.
Texte complet.
Extrait (Pages 15, 16 et 17 du texte ci-dessus) :
" ... je portais à mes lèvres une cuillerée de thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. [...]
Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour là je ne sortait pas avant la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. [...]
Et comme dans ce jeu où les Japonais s'amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s'étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l'église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé. "
Les objets, les odeurs, les saveurs, les sons appellent les souvenirs. Voici quelques madeleines :
- l'arôme de la chicorée >>> et je revois la maison de mon enfance.
- le parfum de l'eau de Cologne >>> alors je pense à ma mère.
- l'odeur des peupliers après la pluie >>> et revient le souvenir de la promenade du dimanche après-midi.
- des capucines >>> me voilà au jardin de ma grand-mère.
- un train électrique miniature >>> retour à un Noël d'enfant avec un circuit ovale, un aiguillage, une voie de garage, un signal tricolore et le train à l'échelle O qui tourne et qui tourne encore...
- la chanson de Renaud - Mistral gagnant >>> là est ressuscitée la période de mon enfance où j'étais un client assidu d'une boutique, située à mi-chemin entre l'école et le domicile, qui vendait confiseries et illustrés. Je me souviens de deux titres : Hopalong Cassidy et Kit Carson.

- le crissement d'une paire de ciseaux amplifié par le bois de la table sur laquelle glisse la lame >>> et c'est ma mère penchée sur ses travaux de couture.
Et il y a d'autres images, senteurs, ou goûts qui provoquent des stimuli agréables mais sans me permettre de retrouver leurs origines.

Jean Cocteau :
" Le poète se souvient de l'avenir. " Journal d'un inconnu (1952).
Pierre Mac Orlan :
" Pour moi, écrire des chansons, c'est écrire mes mémoires. " Mémoires en chansons (1962).
Isabelle Huppert :
Souvenir (Télérama n° 3493 du 24/12/2016).
" J'ai cinq ans. Je suis dans une ville d'eau. C'est l'été. Il fait chaud. Je sors d'une maison où nous séjournons. Seule.Je m'engage dans la rue. Audacieuse. Je marche longtemps. Je n'ai pas peur. Pour avancer j'ai tous les courages. Pour revenir, c'est une autre affaire. Impossible de retrouver mon chemin. Je pleure. Le monde était magique. Il est devenu hostile. Une dame croise ma route. S'étonne de me voie là. Me questionne. Comprend d'où je viens. Nous marchons. Nous cherchons. Longtemps. Une éternité. Elle me ramène devant ma porte. Ma mère m'attend. Folle d'inquiétude. Soulagée... J'ai l'impression d'avoir été au bout du monde. Ce n'était qu'au bout de la rue. J'ai cinq ans. "

Un petit air qui me trotte dans la tête :
Le Tourbillon de Serge Rezvani, une chanson créée par Jeanne Moreau
pour la bande originale du film Jules et Jim de François Truffaut...
(Texte et infos sur la page You Tube) 
Chacun pour soi est reparti
Dans le tourbillon de la vie...

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