mercredi 26 septembre 2012

Pierre de Rosette et JFC

Article mis à jour le 12 octobre 2016
Napoléon Bonaparte, un "grand homme" de taille moyenne aimait les batailles de boules de neige et la campagne.  
Allez hop, tout le monde à la campagne !

Celle d’Italie d’abord [1796-1797] où il rencontre de nombreux européens, puis celle d’Égypte, destination alors très à la mode, pour laquelle il embarque dès mai 1798 avec ses camarades de l’Institut.
Napoléon veut contrôler la route terrestre des Indes pour enquiquiner les Anglais, et mettre en valeur cette région, berceau de la civilisation occidentale, devenue province ottomane.
Au passage, il visite l’île de Malte devenue elle aussi célèbre, bien avant le Concours de l’Eurovision, grâce à ses Chevaliers.
Napoléon et son groupe débarquent à Alexandrie en juillet 1798.
Le circuit prévoit de longer la côte jusqu’à Rosette (Rachid en arabe) puis de se diriger vers Le Caire pour admirer les fameuses Pyramides.
 Une autre version des faits plus complète est disponible sur Wikipédia : Campagne d'Égypte .

Rosette est alors un port fluvial prospère sur la branche ouest du delta du Nil avec au nord, un fort en partie détruit et la mer.
Pour des raisons stratégiques il est décidé de reconstruire le fort…
Et en juillet 1799 les travaux mettent à nu une grande pierre noire gravée.
L’importance de la découverte ne fait aucun doute et la « Pierre de Rosette » est transportée à l’Institut d’Égypte du Caire.
C’est un fragment de stèle taillée dans une roche proche du granite. Le fragment, épais de 28 cm a une hauteur de 112 cm et une largeur de 76 cm et pèse donc environ 600 kg.
 Représentation hypothétique de la stèle (Wikipédia)

On procède à de premières études et le Courrier de l’Égypte (journal de propagande napoléonienne) publie la nouvelle suivante  :
« ... a été trouvé une pierre d’un très beau granit noir… une seule face bien polie offre trois inscriptions distinctes… la première et supérieure est écrite en caractères hiéroglyphiques [utilisés par les prêtres]… la seconde et intermédiaire est en caractères que l’on croit être syriaques [en fait des caractères démotiques, de l’« égyptien facile »] … la troisième est écrite en grec [la langue de l’administration]. Le général Menou a fait traduire en partie l’inscription grecque. Elle porte en substance que Ptolémée Philopator fit rouvrir tous les canaux d’Égypte… cette pierre offre un grand intérêt pour l’étude des caractères hiéroglyphiques, peut-être même en donnera-t-elle la clé… » 
Des copies, de la pierre et d’autres inscriptions hiéroglyphiques, sont envoyées à Paris.
L’envoi de la Pierre précieuse de l’Antiquité en France est envisagée mais les Anglais en décideront autrement et la pierre est finalement confié en 1802 au British Museum qui devient un lieu de pèlerinage.
Août 1799 : Napoléon quitte l’Égypte en catimini pour rejoindre la France.
1801-1804 : Premières tentatives de déchiffrement de la Pierre de Rosette en Europe.
1802 : Napoléon est devenu consul à vie et Jean-François Champollion a 11 ans.
Il est à Grenoble, aux côtés de son frère aîné Jacques-Joseph, un grand frère, futur archéologue et qui fera bientôt partie du gratin dauphinois.
A l’école il se passionne pour les langues orientales. L’Égypte le fascine :
« Je veux faire de cette antique nation une étude approfondie et continuelle. L’enthousiasme où la description de leurs monuments énormes m’a porté, l’admiration dont m’ont rempli leur puissance et leurs connaissances, vont s’accroître par les nouvelles notions que j’acquerrai. De tous les peuples que j’aime le mieux, je vous avouerai qu’aucun ne balance les Égyptiens dans mon cœur ! »
En 1804, JFC écrit une étude sur la mythologie grecque et son frère fait une communication sur la pierre de Rosette.
En 1807, il présente une communication devant l’Académie des sciences et des arts de Grenoble, il conclut comme quelques intellectuels des 17e et 18e siècles à la parenté de l’égyptien et du copte. L’Académie Delphinale lui décerne le titre de membre correspondant : En vous nommant un de ses membres, malgré votre jeunesse, l’Académie a compté sur ce que vous avez fait, mais elle compte encore sur ce que vous pouvez faire. Elle aime à croire que vous justifierez ses espérances, et que si un jour vos travaux vous font un nom, vous vous souviendrez que vous avez reçu d’elle les premiers encouragements – Renauldon, Président.
Septembre 1807 : JFC est monté à Paris pour poursuivre l’étude des langues orientales : L’hébreu, le chaldéen, le syriaque, l’arabe, l’éthiopien et plus particulièrement le copte (devenu la langue liturgique des chrétiens d’Égypte).
Il écrit deux grammaires sur des dialectes coptes et un dictionnaire copte.
Et en 1808, commencent les longues recherches qui le conduiront au déchiffrement des hiéroglyphes…
JFC travaille sur des copies de papyrus et de différentes inscriptions dont celles de la Pierre de Rosette. Il finira par établir que :
Le système d’écriture hiéroglyphique (à partir de 3000 av.JC) est complexe car il est comme un rébus combinant des caractères phonétiques avec des dessins figuratifs ou symboliques. Un signe peut-être un mot, une précision du mot ou un son. Il y avait 700 signes au début du 2e millénaire av. JC et 5000 à l’époque gréco-romaine.
De plus, l’écriture va évoluer, car si l’emploi des hiéroglyphes était possible pour des inscriptions sur les monuments, il apparaît vite fastidieux pour rédiger des textes sur les rouleaux de papyrus :
Les scribes adoptent donc une écriture abrégée, plus rapide, avec une déformation cursive signe par signe des hiéroglyphes, qui deviendra bientôt l’écriture réservée aux textes religieux et que l’on appellera l’écriture hiératique (sacrée).
En effet le nombre croissant de documents administratifs à produire conduit à l’emploi (à partir du 7e s. av. JC) d’une nouvelle écriture encore plus rapide, l’écriture démotique (populaire).
Le dernier état de l’écriture égyptienne est le copte qui comprend 24 caractères de l’alphabet grec et 7 du démotique. (… Viendra ensuite l’arabe).
Entre 1809 et 1818 : Publication d’un ouvrage en plusieurs volumes, Description de l’Égypte, un recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte par les savants accompagnant l'expédition de l'Armée française.
Octobre 1809 : Retour à Grenoble. JFC est professeur d’histoire et, bénéficiant d’un décret impérial qui l’exempte de la conscription, il occupe ses heures de loisir en collaborant aux travaux de son frère.
1810 : JFC présente son mémoire sur les Écritures anciennes des égyptiens dans lequel il indique que les hiéroglyphes, pour transcrire des noms grecs, utilisent des caractères phonétiques.
1811 : JFC communique à l’Institut, son Introduction à la description géographique de l’Egypte ancienne et ses observations sur le Catalogue des manuscrits coptes du Musée Borgia.
Mars-Avril 1814 : Le Tsar et les troupes alliées défilent sur les Champs-Élysées. Napoléon abdique et règne sur l’île d’Elbe.
JFC publie L’Égypte sous les pharaons. Dans ce livre il démontre que les noms propres grecs, latins, coptes, et égyptiens présentent des caractéristiques similaires et pense que les Égyptiens négligeaient beaucoup les voyelles et très souvent ne les écrivaient pas.
Mars 1815 : Napoléon s’évade, passe par Grenoble, où il rencontre les frères Champollion qui lui parlent de l’Égypte ancienne, et monte à Paris, Louis XVIII s’exile et les Cent-Jours commencent…
Juin 1815 : Waterloo, triste et morne plaine selon Victor Hugo, 2e abdication et Napoléon rêve d’Amérique, mais se retrouve à Sainte Hélène.
Le vent a tourné, et au cours de la Terreur blanche [Sanctions prises contre les bonapartistes et les anciens révolutionnaires], JFC et son frère politiquement incorrects sont arrêtés et assignés à résidence à Figeac en mars 1816.
Les deux frères expérimentent une nouvelle pédagogie : l’école mutuelle de Joseph Lancaster où les plus grands enseignent aux plus petits.
Octobre 1817 : JFC est de retour à Grenoble.
1818 : JFC retrouve son emploi de professeur d’histoire, continue ses recherches et présente à l’Académie des Sciences et des Arts un mémoire sur Quelques hiéroglyphes de la Pierre de Rosette.
Pour l’édition 1818 de l’Encyclopaedia Britannica, Thomas Young rédige un article Egypt dont une partie est consacrée à l'analyse de la triple inscription de la pierre de Rosette.
Mai 1821 : Napoléon est mort, et dans un mémoire publié avant de quitter Grenoble, JFC établit que l’écriture hiératique simplifie l’écriture hiéroglyphique.
1822 : JFC après plus de 10 ans de recherches sait déchiffrer les noms propres figurant dans les inscriptions des monuments égyptiens.
En septembre, il expose ses découvertes à l’Académie des inscriptions et belles-lettres sous la forme d’une lettre à M. Dacier (qui en est le Secrétaire perpétuel).
 … C'est un système complexe, une écriture tout à la fois FIGURATIVE, SYMBOLIQUE et PHONÉTIQUE, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot
1824 : JFC publie son Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens dans lequel il regroupe l'ensemble de ses recherches sur les noms de dieux égyptiens.
1824-1826 : JFC voyage en Italie du nord à la recherche d’inscriptions hiéroglyphiques.
1828-1829 : JFC part pour l’Egypte dans le cadre d’une mission scientifique durant laquelle il goûte au plaisir d’être le premier voyageur à comprendre les scènes gravées sur les monuments. Il écrit à M. Dacier : … Notre alphabet est bon : il s’applique avec un égal succès d’abord aux monuments égyptiens du temps des Romains et des Lagides, et ensuite, ce qui devient d’un bien plus grand intérêt, aux inscriptions de tous les temples, palais et tombeaux des époques pharaoniques
JFC rencontre le Pacha Méhémet Ali, père de l’Egypte moderne, qui pour sceller l’union franco-égyptienne, veut offrir des obélisques à la France.
JFC rédige Monuments de l'Égypte et de la Nubie et une Grammaire égyptienne.
1830 : JFC est (enfin) élu membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
4 mars 1832 : Jean-François Champollion meurt (épuisé) à Paris. Mais comme disait le général (Bonaparte) en 1797 : Les vraies conquêtes, les seules qui ne donnent aucun regret, sont celles que l’on fait sur l’ignorance.
1836 : Le  mardi 25 octobre, devant une foule enthousiaste l’Obélisque de Louxor est érigé place de la Concorde…

… Et l’Obélisque est (toujours) bien dressé
Entre la nuit et la journée
Il est 5 heures
Paris s’éveille…
(Jacques Lanzmann et Jacques Dutronc)
La chanson est ici interprétée par An Pierlé :

Sources et ressources :
La pierre de Rosette sur Wikipédia
L'Egypte ancienne de Bastet
La pierre de Taposiris Magma (Une stèle contemporaine de la pierre de Rosette)

En 1832, Méhémet Ali accueille Ferdinand de Lesseps qui lui parle d’un fameux canal.
Leur conversation recueillie par Guy Béart est ici interprétée par MRRaphD et DiatoCZ :


En mars 2004, un lanceur Ariane 5 décolle du centre spatial de Kourou avec à son bord la sonde Rosetta. Le nom choisi pour cette sonde fait référence à la pierre de Rosette.
L'objectif est de recueillir des données sur la composition du noyau de la comète Tchouri.
ESA - Modélisation du largage de l'atterrisseur Philae (un robot laboratoire), depuis la sonde Rosetta, sur la comète Tchouri en novembre 2014.

" Tout ce qui est dans la langue démotique y a été versé par la langue hiératique. L'hiéroglyphe est la racine nécessaire du caractère. Toutes les lettres ont d'abord été des signes et tous les signes ont d'abord été des images. "
Victor Hugo, Alpes et Pyrénées

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