mercredi 5 décembre 2012

L'ancienne gare de Cahors

Article mis à jour le 02 juin 2016

Prête-moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
ton glissement nocturne à travers l'Europe illuminée,
Ô train de luxe ! et l'angoissante musique
qui bruit le long de tes couloirs de cuir doré,
tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourd,
dorment les millionnaires...

Ode, Poésie de A.O. Barnabooth (1913)   Valéry Larbaud

C'était au temps où la ligne de chemin de fer reliant Paris à Toulouse passait par Limoges, Périgueux, Brive, Capdenac, Lexos et Montauban (soit 850 km), semblant ignorer Cahors. La première gare de Cahors inaugurée le 20 décembre 1869 était le terminus de la ligne de chemin de fer venant de Monsempom-Libos, ville située à 50 km environ à l'ouest de Cahors et sur la ligne Périgueux-Agen. Dix ans plus tard, une nouvelle ligne de chemin de fer fut projetée entre Brive et Montauban via Cahors (raccourcissant ainsi de près de 140 km l'ancien trajet Paris-Toulouse). La construction (en 1883-1884) de l'actuelle gare aux installations plus importantes, devenait nécessaire en prévision de l'augmentation du trafic voyageurs et marchandises, et entraîna la désaffection de la première. L'ancien bâtiment des voyageurs utilisé durant les travaux, fut en raison de ses qualités architecturales reconverti en logements. 
Ce bâtiment appartient aujourd'hui à la commune qui en a fait sa médiathèque.

L'ancienne gare de Cahors
Voyageuse! ô cosmopolite à présent
désaffectée, rangée, retirée des affaires.
Un peu en retrait de la voie,
vieille et rose au milieu des miracles du matin,
avec ta marquise inutile
tu étends au soleil des collines ton quai vide
(Ce quai qu'autrefois balayait
la robe d'air tourbillonnant des grands express)
ton quai silencieux au bord d'une prairie,
avec les portes toujours fermées de tes salles d'attente,
dont la chaleur de l'été craquèle les volets...
Ô gare qui as vu tant d'adieux,
tant de départs et tant de retours,
gare, ô double porte ouverte sur l'immensité charmante
de la Terre, où quelque part doit se trouver la joie de Dieu
comme une chose inattendue, éblouissante;
désormais tu reposes et tu goûtes les saisons
qui reviennent portant la brise ou le soleil, et tes pierres
connaissent l'éclair froid des lézards; et le chatouillement
des doigts légers du vent dans l'herbe où sont les rails
rouges et rugueux de rouille,
est ton seul visiteur
L'ébranlement des trains ne te caresse plus :
Ils passent loin de toi sans s'arrêter sur ta pelouse,
et te laissent à ta paix bucolique, ô gare enfin tranquille
au cœur frais de la France.

Les poésies de A.O. Barnabooth (1913)   Valéry Larbaud

Valéry Larbaud (1881-1957) était poète et écrivain.
Son père était le propriétaire de la Source Vichy Saint-Yorre.
La fortune familiale lui a permis de voyager dans toute l'Europe.

Sources et ressources :
Valéry Larbaud sur Wikipédia
L'ancienne gare de Cahors sur le site patrimoines.midipyrenees.fr
Un autre article de ce blog : Voie verte
La musique et l'utopie du rail par Philippe Rekacewicz. Le chant des chemins de fer, une cantate composée par Hector Berlioz en 1846 à l'occasion de l'inauguration de la ligne Paris-Lille.
Les chansons du chemin de fer :
Union Artistique et Intellectuelle des Cheminots Français (UAICF)
Salon des Artistes du Rail - Rendez-vous des peintres amateurs, cheminots ou non, intéressés par le monde ferroviaire et qui le représentent avec un souci d'exactitude ou de façon poétique.
Prix Schefer - En 2013, le lauréat est Jean-Louis César avec Pont-à-Mousson - TGV :
Les peintres du chemin de fer :
Dans La Gazette, le blog de Paulo8938 vous trouverez un peu de tout.
Et dans la rubrique Art & Culture (page 4) voici : Grands peintres et peintres ferroviaires.
Avec :Joseph Mallord William Turner, Lionel Walden, Vincent Van Ghog, Alfred Sisley, Robert Antoine Pinchon, Gustave Caillebotte, Claude Monet, Émile André Schefer, David Tutwiler.
Victor Hugo (1802-1885)
Du 16 août au 23 septembre 1837, Victor Hugo fait pour la 1ère fois un voyage en Belgique avec sa compagne Juliette Drouet.
Extraits d'une lettre de Victor Hugo à sa femme (Adèle Foucher), Anvers, 22 août, 4 heures du soir : (Il vient d'effectuer le voyage d'Anvers à Bruxelles et le retour, et se dit réconcilié avec les chemins de fer.)
"... La rapidité est inouïe ; les fleurs du bord du chemin ne sont plus des fleurs, ce sont des taches ou plutôt des raies rouges ou blanches ; plus de points, tout devient raie...
... Il faut beaucoup d'efforts pour ne pas se figurer que le cheval de fer est une bête véritable. On l'entend souffler au repos, se lamenter au départ, japper en route ; il sue, il tremble, il siffle, il hennit, il se ralentit, il s'emporte ; il jette tout le long de la route une fiente de charbons ardents et une urine d'eau bouillante, d'énormes raquettes d'étincelles jaillissent à tout moment de ses roues ou de ses pieds, comme tu voudras, et son haleine s'en va sur vos têtes en beaux nuages de fumée blanche qui se déchirent aux arbres de la route...
... Après mon retour, il était nuit, notre remorqueur a passé près de moi, dans l'ombre se rendant à son écurie, l'illusion était complète. On l'entendait gémir dans son tourbillon de flamme et de fumée comme un cheval harassé.
Il est vrai qu'il ne faut pas voir le cheval de fer ; si on le voit, toute la poésie s'en va. A l'entendre c'est un monstre, à le voir ce n'est qu'une machine. Voilà la triste infirmité de notre temps ; l'utile tout sec, jamais le beau..."
Stoomloc Le Belge
Henry David Thoreau (1817-1862) - Philosophe-écolo.
" Lorsque je rencontre la locomotive avec son train de wagons qui s'éloigne d'un mouvement planétaire, - ou, plutôt, à l'instar d'une comète, car l'observateur ne sait si avec cette vitesse et cette direction elle revisitera jamais ce système, puisque son orbite ne ressemble pas à une courbe de retour, - avec son nuage de vapeur, bannière flottant à l'arrière en festons d'or et d'argent, tel maint nuage duveteux que j'ai vu, haut dans les cieux, déployer ses masses à la lumière, - comme si ce demi-dieu en voyage, cet amonceleur de nuages, devait ne tarder à prendre le ciel du couchant pour la livrée de sa suite ; lorsque j'entends le cheval de fer éveiller de son ébrouement comme d'un tonnerre les échos de la montagne, de ses pieds ébranler la terre, et souffler feu et fumée par les narines (quelle espèce de cheval ailé ou de dragon jeteur de feu mettra-t-on dans la nouvelle Mythologie, je ne sais), c'est comme si la terre avait enfin une race digne aujourd'hui de l'habiter. Si tout était comme il semble,et que les hommes fissent des éléments leurs serviteurs pour de nobles fins ! Si le nuage en suspens au-dessus de la locomotive était la sueur de faits héroïques, ou portait le bienfait de celui qui flotte au-dessus des champs du fermier, alors les éléments et la Nature elle-même accompagneraient de bon cœur les hommes en leurs missions et leur seraient escorte. " (Extrait de Walden ou la vie dans les bois, livre publié en 1854).
Locomotive construite en 1846 par HINKLEY & DRURY.
H. D. Thoreau passe deux années près de la ville de Concord - Massachusetts dans
une cabane située à proximité de la ligne de chemin de fer reliant Boston à Fitchburg.

METROPOLISSON - Le métro de Paris vu avec humour par le photographe Janol Apin.

GONE UNDERGROUND - Une visite décalée du métro lyonnais par François Sola.
Un cinemagraph d'une station du métro de Lyon (Voir Metrologif).

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